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Diagnostic amiante a) quels travaux choisir

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Plusieurs solutions s'offrent au maître d'ouvrage en matière de travaux, parmi lesquelles il devra opérer un choix délicat et pour lesquelles il devra s'entourer d'avis éclairés.


- les diverses solutions techniques

Lorsqu'un maître d'ouvrage découvre que la réglementation lui impose de faire des travaux dans son bâtiment, il doit choisir entre deux solutions : enlever l'amiante ou le traiter.

Si l'on met à part le cas de la démolition d'un bâtiment, qui impose toujours une opération préalable d'enlèvement de l'amiante, plusieurs solutions techniques s'offrent au propriétaire du bâtiment :

  • l'application d'un liant ou enduit étanche, généralement au rouleau, avec ou sans renfort,

  • l'imprégnation à coeur par pulvérisation,

  • l'encoffrement du matériau, soit par projection d'un enduit sur un support chevillé mis en place au préalable, soit par coffrage capotage (c'est-à-dire reconstitution d'une carapace telle qu'un faux-plafond),

  • l'enlèvement de l'amiante.

La première solution ne peut être que très provisoire car elle est d'une efficacité limitée : elle a été retenue pour Jussieu dans les années 1970, et l'on voit aujourd'hui qu'il ne peut pas s'agir d'une solution pour le long terme.

La solution de l'encoffrement du matériau peut être retenue, si elle est bien réalisée, bien qu'elle expose à des risques de pollution pendant les travaux. Elle a pour objet d'isoler les parties contaminées de façon étanche et évite tout relargage de fibres dans l'atmosphère. Mais, ce procédé ne peut être utilisé que si le support présente un état satisfaisant et si l'on est sûr de ne plus avoir jamais à intervenir dans le coffrage, ce qui est rarement le cas.

Les deux méthodes entre lesquelles on peut légitimement hésiter sont l'imprégnation à coeur ou l'enlèvement.

L'imprégnation à coeur, qui permet de maintenir l'ancien revêtement amianté en place, se fait en plusieurs étapes : injection d'un liant (à base aqueuse ou chimique) jusqu'au coeur du support, expansion du liant par polymérisation, application d'un durcisseur après séchage et recouvrement de l'ensemble par un élastomère qui assure l'étanchéité. Plus fragile que l'encoffrement, ce procédé exige qu'aucune attaque mécanique ne vienne affaiblir ses performances.

L'enlèvement de l'amiante est la solution définitive qui convient à un matériau très détérioré ou situé dans un endroit qui est l'objet de fréquentes interventions.


les solutions diverses adoptées à l'étranger

Les solutions retenues par les pays étrangers qui ont abordé le problème de l'amiante avant nous devraient pouvoir nous aider à trancher parmi les différents procédés qui nous sont offerts. En fait, la réalité n'est pas si simple et l'on s'aperçoit que les expériences étrangères sont fort diverses.

En Allemagne, la technique de l'enlèvement de l'amiante des bâtiments est très majoritaire (dans environ 80 % des cas). Deux arguments sont invoqués pour justifier ce choix :

  • la nécessité d'établir un plan de gestion lorsque les matériaux restent en place ;

  • le caractère non définitif des autres travaux, alors que les précautions à respecter sont sensiblement équivalentes.

L'utilisation des techniques d'encoffrement ne sont pas significatives. Quant aux techniques d'imprégnation, elles ont été utilisées au début, mais elles ont donné des résultats contrastés, en particulier en ce qui concerne leur durabilité, ce qui explique pourquoi elles sont délaissées aujourd'hui.

En Angleterre, la philosophie régnante est celle du traitement de l'amiante et rarement celle du retrait. Il y a eu une forte pression de l'opinion publique dans les années 80 en faveur d'un retrait de l'amiante, mais le Ministère de l'Environnement et le HSE (Health & Safety Executive) ont résisté à cette pression en mettant en avant plusieurs arguments :

  • les risques pour la santé des travailleurs,

  • un coût de l'enlèvement non justifié par le risque encouru par la population,

  • les techniques peu développées de l'époque.

La politique britannique depuis 1983, en matière d'amiante, a donc été de conserver ou de réparer le matériau et de ne l'enlever que lorsque son intégrité ne peut être garantie. Ils privilégient ainsi ce qu'ils appellent l'encapsulation de l'amiante, qui consiste à recouvrir le matériau d'un agent de scellement appliqué à la truelle ou vaporisé sous forme d'émulsion aqueuse (cela recouvre ce que la réglementation française appelle "fixation et imprégnation de l'amiante").

Aux Etats-Unis, le problème a d'abord été soulevé dans les écoles. La réglementation (loi AHERA de 1986 et réglementation de l'EPA d'octobre 1987) n'imposait pas l'enlèvement de l'amiante dans les écoles ; elle prévoyait seulement une inspection et un plan de gestion du risque, revu tous les 6 mois, et une réinspection tous les 3 ans. Sous la pression des parents et sous l'impulsion de l'EPA (même si, aujourd'hui, cet organisme souligne qu'il n'a jamais exigé le retrait de l'amiante), beaucoup d'écoles ont été désamiantées.


Aujourd'hui, les entrepreneurs que nous avons rencontrés nous ont précisé que, lorsqu'ils procèdent à des travaux sur l'amiante, ils effectuent essentiellement le retrait de ce matériau. Ils ont progressivement abandonné la méthode d'encapsulation parce que, à l'usage, cette méthode s'est révélée poser plus de problèmes qu'elle n'en résout. Elle alourdit la structure qui, ensuite, a tendance à se détacher, et elle est un facteur de vieillissement précoce. L'encapsulation se fait donc essentiellement quand l'amiante a été enlevé, pour maintenir les dernières fibres. Ils le font également lorsque le matériau est d'un accès difficile (tuyaux, par exemple). Mais, d'une manière générale, ils évitent d'utiliser cette méthode car elle oblige, de fait, à faire les travaux deux fois : une première fois pour encapsuler et une deuxième fois pour désamianter.

Au Canada, la politique suivie est celle de l'enlèvement de l'amiante lorsqu'il s'agit d'amiante friable (parce qu'elle présente un danger) et d'encapsulation de l'amiante dans les autres cas (avec des contrôles périodiques du matériau). A partir de 1981, tout l'amiante dangereux de la colline parlementaire d'Ottawa (le centre administratif et parlementaire de la capitale) a été enlevé ; désormais, l'enlèvement de l'amiante friable ne s'effectue qu'au fur et à mesure des travaux de rénovation.


les éléments pour guider le choix

. un choix à opérer entre les diverses techniques

Il faut opérer un choix entre l'enlèvement et le "confinement" de l'amiante. Par confinement, la réglementation française entend les activités de fixation, d'imprégnation et d'encoffrement de l'amiante. Ce terme prête à confusion avec celui de confinement, c'est-à-dire d'isolement total, des chantiers amiante. Pour notre part, dans la suite du texte, et pour éviter toute confusion, nous emploierons le terme de traitement de l'amiante.

D'une manière générale, l'enlèvement est la seule solution qui permettra, à terme, d'être définitivement débarrassé du problème de l'amiante. Lorsque l'amiante est dégradé et que l'on a la possibilité financière et technique de procéder à son enlèvement, il ne faut pas hésiter à éradiquer l'amiante définitivement. Il faut toutefois s'assurer de son remplacement par le substitut adéquat. Ainsi, lorsque l'amiante a été utilisé en protection contre l'incendie, il faut impérativement retrouver le même niveau de sécurité, pour ne pas remplacer un risque par un autre.

Pour autant, l'encapsulation peut être une solution provisoire (pouvant durer quelques dizaines d'années) qui a son utilité, par exemple si elle permet d'attendre une rénovation ultérieure plus complète du bâtiment.

D'un point de vue strictement financier, l'encapsulation n'est pas une solution beaucoup moins coûteuse que l'enlèvement puisque, comme nous le verrons plus loin, des dispositions techniques identiques ont été prévues pour les chantiers d'encapsulation et pour les chantiers d'enlèvement de l'amiante. Ce choix paraît pouvoir être discuté dans la mesure où le relargage de fibres dans l'atmosphère est sans commune mesure entre ces deux types d'activités : il semble qu'il serait souhaitable d'évaluer la réelle utilité de l'uniformité de cette règle afin de modifier, éventuellement dans un sens moins contraignant, les dispositions à prendre pour le confinement des chantiers d'encapsulation. Cela permettrait l'emploi de l'encapsulation comme solution d'attente.

Quelles que soient les techniques utilisées, l'encapsulant doit en effet réunir des qualités importantes : assurer l'étanchéité à long terme, être non toxique, ininflammable, présenter une bonne résistance à l'impact, être flexible et élastique pour admettre sans fissuration les mouvements structurels ou thermiques et permettre l'installation d'une couche supplémentaire.

Il serait bon de savoir si les techniques actuelles sont performantes, à cet égard. On peut penser que ces techniques vont évoluer au fur et à mesure de leur utilisation et que, demain, de bonnes techniques d'encapsulation pourraient apparaître sur le marché. Dans ce domaine, comme dans celui du désamiantage, le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) a un rôle important à jouer. Il faudrait qu'il gère les méthodes de désamiantage comme des technologies nouvelles, qu'il procède à une évaluation des différents procédés et qu'il détermine quels sont les meilleurs. Il pourrait également élaborer un guide à l'usage des professionnels du bâtiment pour les informer des avantages et des inconvénients de chacune des nouvelles techniques.


· l'indispensable rôle du maître d'oeuvre

Intermédiaire entre le maître d'ouvrage et l'entreprise qui effectuera les travaux, le maître d'oeuvre a un rôle essentiel à jouer. Il est celui qui peut dire quelle est la meilleure technique à utiliser pour l'opération envisagée. Il ne s'agit pas seulement de savoir quelle est la meilleure méthode dans l'absolu, il faut déterminer quelle est la meilleure méthode pour l'opération envisagée. Il est le seul qui puisse avoir une réflexion générale au niveau du bâtiment.

Il importe de déterminer au préalable pour quelle raison l'amiante avait été utilisée : protection contre l'incendie, protection thermique ou acoustique, régulateur de condensation, ce qui permettra de trouver le matériau de substitution adéquat. Il est également essentiel de savoir quelle est la durée de vie de l'opération envisagée, et notamment de déterminer si des interventions sont prévisibles dans un proche avenir. Dans ce dernier cas, la solution d'encapsulation est à éviter.

Le rôle de conseil du maître d'oeuvre est donc fondamental pour venir en aide à des propriétaires souvent désemparés. Le maître d'oeuvre peut aider notamment les maîtres d'ouvrage à résister à la tentation d'un déflocage systématique alors que le taux d'amiante relevé n'est pas inquiétant (solution souvent réclamée par les parents d'élèves). Il y a des priorités à définir, des choix à proposer qui sont loin d'être neutres. Il doit également être compétent en matière de réhabilitation des bâtiments puisque, par hypothèse, l'amiante floqué existe dans des bâtiments de plus de 20 ans qui, bien souvent, ne sont plus aux normes.

Il est préoccupant de constater qu'aucune habilitation ou qualification n'est prévue par la réglementation actuelle. Le maître d'oeuvre est un des maillons de la chaîne amiante et il ne doit pas en être le maillon faible, qui affaiblit l'ensemble. Une obligation de spécialisation et une procédure de qualification devrait donc être exigée du maître d'oeuvre.