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Diagnostic amiante b) une surveillance vigilante à maintenir

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- établir des priorités de travaux pour en assurer la qualité

Toutes les entreprises que nous avons rencontrées ont insisté sur la technicité des travaux de désamiantage, la nécessité de se plier à de fortes contraintes liées à une bonne protection de la santé des travailleurs et de la population. Les travaux de désamiantage présentent des risques réels s'ils sont mal conduits, d'où la nécessité d'imposer un agrément des entreprises. Ils ne doivent pas non plus être faits dans la précipitation. Il faut faire en priorité les travaux sur les matériaux véritablement dégradés : en cela, le décret du 7 février 1996 permet de hiérarchiser les travaux. Ne doivent être exécutés en priorité que les travaux pour lesquels l'amiante floqué et calorifugé est considéré comme très dégradé, après inspection visuelle, et pour lesquels, si le matériau commence à se dégrader, les mesures font apparaître un niveau d'empoussièrement supérieur à 25 f/l.

Il faut responsabiliser les propriétaires et la population sur cette hiérarchie nécessaire des travaux que leur dictent les résultats de l'inventaire. Autrement, et cela se voit déjà dans les écoles, il y a une propension certaine à vouloir se débarrasser coûte que coûte de l'amiante, même si le seuil d'empoussièrement est inférieur à 5 f/l. Le risque induit par cette attitude, c'est l'impossibilité pour les entreprises de faire face aux travaux demandés dans les conditions de sécurité exigées.

Par ailleurs, en ce qui concerne l'amiante semi-dur et dur (y compris l'amiante-ciment), les risques pour la population sont quasiment inexistants si le matériau est en bon état, car l'amiante y est fortement lié. Il ne convient donc pas de se précipiter pour l'enlever ou le traiter. Le seul impératif est d'informer les travailleurs de maintenance et d'entretien.


- le risque de chantiers amiante conduits comme des chantiers sans amiante

Tant que l'inventaire n'est pas totalement réalisé, c'est-à-dire jusqu'à fin 1999, il existe un risque non négligeable que, consciemment ou inconsciemment, des entrepreneurs démolissent ou rénovent des bâtiments sans chercher à savoir s'il y a ou non présence d'amiante dans le bâtiment. On peut même craindre que des propriétaires peu scrupuleux décident de hâter un chantier pour se débarrasser subrepticement de l'amiante avant que ne leur soit applicable le décret du 7 février 1996 qui les oblige non seulement à un inventaire, mais à informer les entrepreneurs de toute présence d'amiante.

Les risques pour les travailleurs et pour la population environnante imposent que des mesures soient prises pendant la période de mise en place de l'inventaire. Il nous semble qu'une bonne solution serait, à l'instar de ce qui existe aux Etats-Unis, d'imposer une obligation d'inventaire avant toute démolition ou toute rénovation d'importance. Le propriétaire, comme l'entreprise, pourraient voir leur responsabilité engagée à partir du moment où ils auraient effectué des travaux "normaux" de bâtiment alors qu'ils étaient conscients de la présence d'amiante.


- le risque du déflocage sauvage

Les chantiers d'enlèvement et de traitement de l'amiante sont des chantiers onéreux pour les propriétaires : environ 1.000 F le m2. Le risque est grand, et il nous a été rapporté, de vouloir recourir à des "chantiers "sauvages", beaucoup moins coûteux pour les propriétaires, mais inacceptables sur le plan du risque pour la santé publique. La lutte contre le travail au noir est un problème plus général, mais dans ce secteur amiante, les risques étant surdimensionnés, il faut prévoir des sanctions très fortes, qui puissent être un élément de dissuasion pour les entreprises.


- assurer une formation des hommes

Les travailleurs des chantiers de traitement et de retrait de l'amiante devraient impérativement avoir suivi une formation spécifique. On peut noter que, pour obtenir la qualification QUALIBAT, il est exigé des responsables techniques et du personnel d'encadrement d'avoir suivi un stage portant sur les procédures opératoires sur chantier, les équipements de protection individuelle et la gestion des déchets. Pour les personnels d'exécution, il est obligatoire d'avoir suivi un stage portant sur les équipements individuels et la manière de les revêtir. Plusieurs centres (OPPBTP, plusieurs AFPA) proposent des formations de ce type. Il serait bon d'évaluer la qualité de ces formations et, éventuellement, de prévoir une habilitation de celles-ci.


- assurer une bonne protection des travailleurs et de l'environnement

Chantiers à risque, les chantiers d'enlèvement et de traitement de l'amiante floqué et calorifugé doivent assurer une protection efficace de leurs travailleurs. Cette protection est assurée pendant le chantier par l'obligation faite à l'entrepreneur de ne pas exposer ses ouvriers à plus de 0,1 f/ml sur une heure de travail. Des contrôles sont effectués à cet effet pendant toute la durée du chantier. Actuellement, ces contrôles sont généralement effectués par les méthodes de métrologie habituelles, qui ont pour inconvénient majeur de donner les résultats quelques jours après la mesure. Autrement dit, si un problème se pose dans le confinement, il n'est décelé que quelques jours plus tard, ce qui est totalement insatisfaisant.

Certaines entreprises françaises, parmi les plus importantes, utilisent, à l'instar de ce que nous avons vu fonctionner sur les chantiers américains, un instrument automatique de mesure par laser qui donne un résultat immédiat. Les mesures obtenues en valeur absolue ne sont pas forcément significatives mais, ce qui est important, c'est que cet appareil permet de déceler des variations, et donc toute anomalie imprévue sur un chantier. Ces appareils sont pour l'instant d'origine américaine ; ils coûtent relativement cher : 150.000 F et leur maintenance est difficile. Ils nous apparaissent cependant essentiels pour la protection des travailleurs. Il convient donc d'encourager leur développement et, surtout, d'imposer leur emploi sur les gros chantiers. La précision scientifique absolue n'est pas le but recherché, il s'agit simplement d'attirer immédiatement l'attention sur un risque nouveau et de pouvoir par là même y remédier le plus vite possible.

L'utilisation de ces instruments automatiques de mesure sur les gros chantiers serait une protection efficace pour les travailleurs, mais elle pourrait aussi apporter une solution au problème difficile du maintien, ou non, des populations actives dans les bâtiments dont certains étages sont en cours de désamiantage. En effet, seuls ces instruments peuvent garantir aux populations qui continuent à travailler dans ces bâtiments qu'elles ne courent aucun risque à y poursuivre leur activité. Ils permettent un déroulement de chantier sans risque pour la population environnante, car ils prémunissent immédiatement contre le risque de méconnaître un incident de chantier. Il nous semble donc qu'il faudrait interdire tout maintien d'une population active dans un bâtiment si de tels instruments ne sont pas utilisés.

Par ailleurs, étant donné que le calendrier scolaire et universitaire aménage de longues périodes d'inoccupation des locaux, il nous semble préférable de réaliser les travaux de traitement et d'enlèvement de l'amiante des bâtiments scolaires et universitaires pendant l'absence des élèves et des étudiants, c'est-à-dire pendant les vacances scolaires et universitaires. Ne serait-ce que sur un plan technique, il est en effet plus facile de gérer un chantier en l'absence des occupants du bâtiment. Il ne faudrait cependant pas que l'inoccupation des locaux conduise à un relâchement de la vigilance.


- faire le choix de méthodes de travail appropriées

Il semble qu'il n'y ait pas encore de consensus sur les méthodes de travail et que chaque entreprise fasse un peu comme elle l'entend, dans ce domaine. Cela reste à éclaircir car cela représente un réel problème.

Parmi les problèmes soulevés par les industriels se pose celui de la technique à employer pour travailler l'amiante : à sec ou au mouillé. La réglementation française est assez précise sur ce point puisqu'elle impose un traitement au mouillé, sauf impossibilité technique. C'est également la technique recommandée par l'EPA et couramment employée aux Etats-Unis. C'est aussi la technique canadienne, qui impose, avant et pendant les travaux d'enlèvement de l'amiante, de mouiller tous les matériaux contenant de l'amiante, sauf impossibilité (danger pour la santé et la sécurité du travailleur).

Cette méthode a l'avantage d'éviter de relarguer un trop grand nombre de fibres dans l'atmosphère au cours des travaux. Pourtant, certaines entreprises que nous avons rencontrées privilégient le traitement à sec et pensent même qu'elles pourraient ainsi aboutir un jour à une robotisation des chantiers, ce qui serait évidemment la méthode idéale de protection des travailleurs. Il serait nécessaire d'avoir une évaluation comparée des différentes méthodes utilisables sur les chantiers. Le CSTB pourrait contribuer à éclaircir cette question.


- le contrôle après travaux

L'arrêté du 14 mai 1996 impose, pour les travaux de retrait ou de traitement de flocages et de calorifugeages, de procéder, avant toute restitution des locaux et enlèvement du confinement :

  • à un examen visuel de la zone,

  • au nettoyage de la zone par aspiration,

  • à la fixation des fibres éventuellement résiduelles sur les parties traitées,

  • à une mesure du niveau d'empoussièrement, qui doit être inférieur ou égal à 5 f/l.

Il s'agit là d'un contrôle de rendu de chantier qui permet de s'assurer que le travail a été correctement effectué. Il ne faudrait évidemment pas enlever le confinement si le nombre de fibres restantes est trop élevé.

En revanche, la réglementation n'impose pas de contrôle libératoire une fois le confinement démonté et enlevé, donc lorsque les murs sont à nu et la pièce vide. Cela nous semble une carence de la réglementation puisque c'est dans la pièce où aura lieu l'activité qu'il importe d'être sûr de l'absence de fibres d'amiante. Or, des pollutions peuvent se produire au cours du démontage du confinement.

Des problèmes peuvent également se poser dans certains bâtiments une fois que les personnels ont repris leur activité. Cela a été le cas dans la tour Olivier de Serres (siège du ministère de la Jeunesse et des Sports), dont les stores n'avaient pas été décontaminés et où des taux d'empoussièrement trop élevés ont été constatés après la reprise du travail du personnel. Il nous semble donc nécessaire d'imposer un contrôle de l'empoussièrement du bâtiment un certain temps après sa remise en activité, par exemple 6 mois après.


- assurer la réhabilitation du bâtiment

La réhabilitation du bâtiment entre pour une large part dans le coût des travaux de retrait d'amiante. C'est cependant une étape incontournable. La protection assurée par l'amiante (thermique, phonique, ...) doit être impérativement retrouvée. Le choix d'un produit de substitution adapté est l'une des fonctions essentielles du maître d'oeuvre. La troisième partie analysera les difficultés qu'il peut rencontrer à cet effet.