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Diagnostic amiante c) définir une politique de gestion du risque

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Une bonne politique de gestion du risque amiante doit définir quel est le risque considéré comme acceptable pour les populations exposées (professionnelles et environnementales). Elle doit également déterminer de quelle manière évaluer un tel risque. En effet, comme nous l'avons vu au chapitre II-A, il existe deux stratégies de prélèvement des poussières d'amiante dans un local donné : celle qui détermine le degré de contamination du bâtiment et celle qui cherche à évaluer l'exposition véritable des populations.

Une bonne politique de gestion du risque devrait donc employer concurremment ces deux stratégies de prélèvement en fonction des objectifs poursuivis.

- vis-à-vis de la population

L'objectif principal est de disposer de mesures des niveaux d'exposition pour évaluer le risque de la population concernée.

Malgré toutes les incertitudes liées à la mesure de l'exposition et à l'évaluation du risque, il faut néanmoins prendre des décisions : c'est la base même de la gestion du risque. Il faut donc définir un risque acceptable pour les populations exposées. Pour ce faire, on utilise généralement un risque exprimé sous la forme d'un nombre de victimes (morts), dans un collectif de personnes exposées à ce risque, sur une période donnée (soit une année, soit une "vie entière").

Aux Etats-Unis notamment, en milieu professionnel (35-40 ans d'exposition à raison de 8 heures par jour et de 5 jours par semaine), on considère comme "tolérable" des risques de 10-4 par an (c'est-à-dire 1 victime sur 10.000 travailleurs par an), ce qui correspond à un risque de 1,8 à 2 x 10-3 pour une vie entière, compte tenu du fait que l'exposition au risque n'existe que durant la moitié de la vie entière.

Pour la population générale, on tolère des risques 10 à 100 fois inférieurs, à savoir 10-5 à 10-6 par année, ce qui correspond à des risques "vie entière" de 7 x10-4 à 7 x 10-5 puisque l'on admet une exposition continue sur 70 ans.

Le rapport de l'INSERM a fait le point sur les relations "dose-réponse" les mieux adaptées à nos connaissances actuelles. Sur cette base, et en appliquant les risques "vie entière" cités ci-dessus, on obtient des expositions tolérables, en terme de concentrations de fibres dans l'air ambiant, de l'ordre de grandeur suivant :

- 0,1 f/ml pour une exposition professionnelle (santé au travail).

- 1 à 10 f/l pour une exposition environnementale (santé publique).

On peut donc souligner que les mesures prévues pour les travailleurs et déjà décrites précédemment paraissent tout à fait appropriées et suffisantes. Les normes actuelles de protection des travailleurs en France (0,1 f/ml) sont en adéquation avec les évaluations de l'INSERM ; elles sont parmi les plus sévères d'Europe et sont équivalentes aux normes américaines évaluées à partir de leur définition du risque tolérable. Il est clair que leur application devra être sérieusement contrôlée. Sur le terrain, leur application risque en effet de poser quelques problèmes, vu notamment le manque de professionnels formés en hygiène du travail en France.

Pour la population générale, la maîtrise du risque se pose en d'autres termes du fait que les niveaux de risque sont beaucoup plus faibles et beaucoup plus difficiles à appréhender.

La méthode de prélèvement actuellement en vigueur en France est adaptée à l'évaluation de l'exposition. Si elle était maintenue, l'exposition tolérable ne devrait plus être de 25 f/l (seuil retenu par le décret du 7 février 1996), mais être ramenée à un chiffre compris entre 1 et 10 f/l, si l'on se réfère à la courbe dose-réponse de l'expertise collective INSERM. Il faudrait donc renforcer la sévérité de la norme actuelle.

- vis-à-vis de la conduite à tenir par rapport au bâtiment

La méthode la plus appropriée pour établir un diagnostic de contamination d'un bâtiment est la méthode court terme, avec remise en suspension artificielle des fibres (simulation des pics d'exposition).

Si cette méthode était retenue, les valeurs prévues par le décret du 7 février 1996 de 5 et 25 f/l pourraient être maintenues après validation de la méthode courte durée. En effet, ces valeurs correspondent à des concentrations de plus de 2,5 à 25 fois supérieures à des concentrations moyennes observées dans des bâtiments non contaminés. Ceci est compatible et cohérent avec la notion de pic d'exposition de courte durée et d'intensité élevée.

Cela correspondrait néanmoins également à un renforcement de la sévérité des normes actuelles.

- pour une plus grande rigueur des méthodes de prélèvements d'air

Au terme de cette analyse, il semble qu'une gestion optimum du risque implique la combinaison des deux stratégies de prélèvement, car leurs objectifs ont une valeur propre et peuvent être conciliés.

la méthode de prélèvement déterminant la contamination des bâtiments, c'est à dire celle des prélèvements de courte durée (quelques heures) devrait s'appliquer lorsque les résultats de l'évaluation de la grille prévue dans l'inventaire (décret du 7 février 1996) correspondent au chiffre 2. Autrement dit, elle serait la norme de référence dans tous les cas où les textes obligent à une mesure de l'empoussièrement des locaux. Les chiffres de 5 et 25 f/l seraient maintenus, ce qui revient à renforcer la sévérité des normes actuelles.

la méthode de prélèvement déterminant l'exposition des populations, c'est à dire celle des prélèvements de longue durée (cinq jours) devrait être réservée pour mesurer les niveaux d'exposition actuelle (et donc estimer les expositions antérieures) des occupants des bâtiments contaminés, plus particulièrement dans les cas de forte contamination (grille d'évaluation ayant comme résultat le chiffre 2, avec une concentration de fibres supérieures à 25 f/l avec la méthode de prélèvement de courte durée, et grille d'évaluation ayant comme résultat le chiffre 3).